[Livres] "Le Candidat" (ROUSSELIN), de Gustave Flaubert (Ed. Castor Astral)

Pour information, le candidat Rousselin dans le livre est un Banquier retraité qui n’est pas sans rappeler un certain Rousselin d’aujourd’hui.

à bon entendeur :)
YR

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Voila une oeuvre inattendue dans une période opportune… Une pièce de théâtre politique signée du grand maître Flaubert. Un petit bijou au charme suranné dans la forme, d’une si terrible contemporanéité sur le fond…

À 53 ans, en pleine gloire littéraire, Gustave Flaubert écrit Le Candidat. Dans cette « grande comédie politique », une fureur acerbe résonne contre les mondanités, la corruption et l’arrivisme.

Rousselin, héros candidat en province, pris du « vertige de la députation », ne recule devant aucun sacrifice pour gagner l’élection, plus préoccupé par le titre que par la fonction. Il est tantôt conservateur, tantôt socialiste, puis se prétend libéral. il offre femme et fille au mieux votant, travaille la phrase choc et recherche le geste « sincère » de celui qui a raison. Cette satire politique, qui vise tous les partis, offre un éclairage cinglant sur les hommes politiques d’hier et d’aujourd’hui.

Le Candidat est bien le Dictionnaire des idées reçues en politique. L’écriture à la fois potache, rigolarde, teigneuse, violemment « anar », est dédaigneuse de toute politique politicienne, de la bêtise et de l’aspiration électoraliste de tous bords : « Élu-foutu », disait Flaubert.

La préface d’Yvan Leclerc revient sur la passion qu’entretenait l’auteur pour le théâtre, sur la genèse de l’oeuvre et sur l’étonnante modernité de ce pamphlet dirigé contre la rhétorique politique.

A vous de voir après lecture si les temps ont changé ou si les caricatures perdurent, nous, on a déjà notre avis sur la question…

Le Candidat, de Gustave Flaubert

Comment retourner sa veste, promettre n’importe quoi et vendre son âme pour être élu ? La recette est dans « le Candidat », de Gustave Flaubert. Cette comédie politique oubliée, mais que Bernard Sobel monta à la veille des élections municipales de 1971, est rééditée à point nommé. On y savoure cette réplique, qui évoquera certains faits-diversrécents : «(…) qu’un agent de police vous pose la main sur le collet : «Vous ne savez donc pas que je suis député, Monsieur! »» Et on ne résistera pas non plus à : «Tout en ménageant les conservateurs, il pose pour le républicain.»
L’ermite de Croisset, alors attelé à « Bouvard et Pécuchet », n’épargne ni les progressistes ambitieux, ni les conservateurs, ni les notables. Tout le monde magouille dans cette petite ville de province où on imagine très bien Madame Bovary. L’épouse de Rousselin, le banquier retraité qui brigue la députation, trompe d’ailleurs son mari, mais celui-ci ferme les yeux puisque c’est avec un journaliste-poète, ce qui lui vaut le soutien de la presse locale. Rousselin est une marionnette manipulée, il change d’alliance plus souvent que de chemise. Il supplie, à genoux, sa fille de se sacrifier pour lui en épousant le fils du vicomte contre la promesse des voix des laboureurs (scène qui évoque « les Temps difficiles », d’Edouard Bourdet). Et, on ne sait jamais, le ciel peut aussi servir, il donne sa montre à un mendiant aveugle…
«J’y roule dans la fange tous les partis », se réjouit Flaubert dans une lettre à George Sand, le 20 juillet 1873. Un an plus tard, lors de la création de la pièce (un « four », de l’aveu de l’auteur), Anatole France y lit «une satire du suffrage universel dans ce qu’il a d’excessif et dedésordonné», et Villiers de l’Isle-Adam«la photographie de la Sottise se vilipendant elle-même… une superbe collection d’orangs-outangs et de gorilles jouant avec des miroirs». A propos, le candidat Rousselin sera élu…

«Le Candidat», par Gustave Flaubert, Le Mot et le Reste (tél. : 04-91-73-41-88), 112p., 13euros
Odile Quirot
Le Nouvel Observateur – 2214 – 12/04/2007